Août 25, 2026 - 0 commentaires
Edi Keber : retirer le raisin pour sauver la vigne
Chez Edi Keber, au Collio, en Italie, une décision inhabituelle face à la sécheresse. Dans les vignes du domaine, sur la colline de Zegla, Kristian Keber avance entre les rangs, sécateur à la main. Il coupe des grappes déjà formées. Il ne les récolte pas. Il les laisse tomber au sol.
Un millésime parmi les plus secs jamais connus
À quelques mètres de la frontière slovène, le domaine traverse l'un des millésimes les plus secs de son histoire. Plus de deux mois sans une goutte de pluie.
« Cette année, c'est un millésime extrêmement difficile. Peut-être le plus sec que nous ayons connu. Cela fait deux mois et dix jours que nous n'avons pas d'eau », raconte Kristian à sa sœur Veronika, avec qui il dirige le domaine familial.
Une sécheresse aussi inédite oblige à des choix qui dépassent la gestion habituelle de la maturité du raisin. Il faut d'abord garantir la survie de la vigne elle-même.

Décharger les vignes plutôt qu'irriguer
Irriguer n'était pas envisageable. Et même si ça l'avait été, Kristian n'est pas certain que cela aurait été une bonne idée : cela aurait avancé les vendanges de façon excessive. Restait une autre option, plus radicale. Décharger les plantes. Leur retirer une partie de leur récolte pour qu'elles puissent réorienter leurs réserves et leur énergie (jusque-là consacrées à faire mûrir le raisin) vers leur propre survie.
Le geste rappelle l'éclaircissage pratiqué ailleurs pour concentrer le raisin. Ici, l'enjeu est différent. Il ne s'agit pas d'améliorer un vin. Il s'agit de faire tenir la vigne jusqu'au printemps prochain.
Un tiers du domaine concerné, sur les sols les plus difficiles
La mesure touche environ 30 % du domaine : les vignes les plus jeunes, ainsi que celles plantées sur les sols les plus durs et les plus caillouteux. Sur ces sols, les racines peinent à s'enfoncer en profondeur pour atteindre les réserves d'eau les plus basses ; une difficulté d'autant plus marquée chez les jeunes vignes, dont le système racinaire n'a pas encore eu le temps de bien s'installer. Ensemble, ces parcelles concentrent l'essentiel de la vulnérabilité du domaine face au manque d'eau.
Un épisode isolé ne fait pas une tendance. Mais les étés secs et les vagues de chaleur se répètent, dans un vignoble italien historiquement habitué à un climat plus tempéré.

Une biodynamie pensée sur le temps long
Cette décision raconte aussi comment Kristian et Veronika Keber travaillent leurs 12 hectares. Le domaine, qui porte le nom de leur père Edi, est conduit en biodynamie certifiée. L'ambition : recréer un vignoble vivant, où moutons et vaches pâturent l'hiver entre les rangs, fertilisent le sol et entretiennent l'herbe à leur façon. Le reste de l'année, tisanes d'ortie, de prêle et de valériane, préparations biodynamiques 500 et 501 complètent le travail. En dix ans, cette approche a permis de réduire progressivement les doses de cuivre et de soufre utilisées sur le domaine.
Retirer le raisin pour sauver la vigne s'inscrit dans cette même patience. Ici, prendre soin de la vigne peut vouloir dire renoncer à une partie de la récolte aujourd'hui, pour qu'elle soit encore là demain.
« Un millésime qui s'est passé ainsi. On verra pour l'avenir », conclut Kristian.
