Domaine Labet, Rotalier, Chronique d’un Jura vivant
Il y a des domaines qui parlent fort en tapant du poing sur la table, et d’autres qui font taire la salle par un simple murmure. Le Domaine Labet appartient clairement à la seconde catégorie : une voix douce, joyeuse, terriblement précise, qui fait lever les têtes et tendre les verres. Dans la combe fraîche de Rotalier, au Sud-Revermont, la famille Labet n’a pas seulement planté des vignes ; elle a semé une manière d’être au monde, une viticulture à hauteur d’homme, une vinification d’écoute, un attachement opiniâtre au détail et au lieu. Résultat : des vins qui semblent parler la langue du terroir au présent, avec une diction nette, une énergie vibrante et une politesse délicieuse.
Ce portrait n’est pas un inventaire sec. C’est une promenade. On traverse les rangs, on descend dans la cave, on goûte, on compare, on s’émerveille. On rencontre une fratrie : Julien, Charline, Romain qui a repris la main après Alain et Josie, sans casser l’élan, en l’affinant. On voit surtout comment une mosaïque de micro-parcelles peut devenir un véritable langage. Et l’on comprend pourquoi des mots parfois galvaudés : « parcellaire », « ouillage », « sélection massale », « levures indigènes » retrouvent ici toute leur force, parce qu’ils sont vécus, patiemment, millésime après millésime.
- Une famille, un village, une continuité
- Le Sud-Revermont : marnes bleues, calcaires du Bajocien, brise de pente
- Une viticulture d’équilibre : biologique, patiente, opiniâtre
- Le chai : la musique du temps, pas la pyrotechnie
- Les blancs ouillés : la grammaire Labet
- Cuvées d’assemblage, la porte d’entrée
- Les parcellaires, la précision au scalpel
- Les rouges : finesse d’abord, profondeur ensuite
- Les vins de voile : l’autre visage, la même exigence
- Douceurs et bulles : la gourmandise bien tenue
- Vintages & lectures du millésime (approche pédagogique)
- Service, accords & garde : le mode d’emploi qui fait mouche
- Pourquoi les Labet fascinent (et rassurent)
- Parcellaires en focus, mini-portraits de lieux
- Transparence & étiquettes : la pédagogie fait du bien
- Visiter, déguster, comprendre
- Pour les sommeliers & cavistes : comment raconter Labet à vos clients
- Petite FAQ sans jargon
- Pour les geeks (et les amateurs curieux)
- Pourquoi le style Labet séduit les amateurs de vins “vivants”
- Trois parcours de dégustation à la maison (5 bouteilles, 5 thèmes)
- Un mot sur la rareté : patience, respect, partage
- Ce que le Domaine Labet dit du Jura d’aujourd’hui
- Guide express des cuvées (mémo malin)
- Itinéraire gourmand autour de Rotalier (parce qu’on ne boit jamais seul)
- En résumé (mais sans réduire)
- Et maintenant, on ouvre quoi ?
- Mot de la fin
1) Une famille, un village, une continuité
L’histoire commence simplement : un couple, Alain et Josie, dans les années 1970, qui s’obstinent à faire bon avec peu, dans un Jura encore discret. Au fil du temps, Alain s’impose comme un pionnier des blancs ouillés : ces vins élevés sans voile, complétés régulièrement, pour exprimer la pureté du fruit et du sol. À Rotalier, la ligne se dessine : travailler proprement, respecter le vivant, écouter les vignes anciennes, ne pas imposer de recettes.
Puis viennent les enfants. Julien, d’abord, qui démarre en 2003 sur quelques hectares, pousse la réflexion, affine les gestes, multiplie les cuvées parcellaires. Charline et Romain s’inscrivent naturellement dans cette dynamique de précision. En 2013, la réunification des parcelles familiales et de celles de Julien dans une seule entité clarifie tout : une équipe, une vision, un jardin de vignes : environ 13 à 14 hectares, déployé en 45 parcelles, réparties sur plusieurs communes autour de Rotalier.
Le mot « jardin » n’est pas une coquetterie. Il dit la manière : travailler comme on jardine, c’est-à-dire observer, anticiper, retarder quand il faut, oser quand c’est juste. Ici, on ne cultive pas une marque, on cultive des lieux-dits : La Bardette, En Chalasse, Les Varrons, Les Champs Rouges, La Reine, En Billat, Le Monceau… Chaque nom claque comme un repère, un petit chapitre dans un grand livre.
2) Le Sud-Revermont : marnes bleues, calcaires du Bajocien, brise de pente
Le Sud-Revermont, c’est la partie méridionale et verdoyante du vignoble jurassien. La géologie y danse : marnes bleues et grises du Lias, calcaires du Bathonien et du Bajocien, argiles de décalcification, éboulis, chailles… Autant dire des sols à personnalité multiple. Le relief est souple : coteaux orientés à l’est ou à l’ouest, petits plateaux, cuvettes abritées du vent. L’altitude joue sa part, entre 230 et 350 mètres selon les parcelles, offrant des maturités lentes et des amplitudes thermiques qui sculptent la fraîcheur.
Ce patchwork n’est pas seulement charmant ; il est structurant. Les chardonnays sur marnes profondes prennent un accent crayeux, salin, parfois presque fumé quand la maturité s’allonge. Les savagnins s’y tendent comme des arcs, avec ces amers nobles qui signent le cépage. Les rouges : poulsard délicat, trousseau vif, pinot noir précis, un soupçon de gamay gagnent en droiture, en buvabilité, sans perdre en fond.
3) Une viticulture d’équilibre : biologique, patiente, opiniâtre
Le cahier des charges maison tient en quelques lignes, mais il demande une discipline d’airain :
- Bio assumé et certifié : travail des sols, enherbement maîtrisé, cuivre et soufre à faible dose, tisanes (ortie, prêle, osier…) comme coups de pouce. Les rangs ne sont pas « propres » comme un parking ; ils sont vivants.
- Sélection massale : les vieilles vignes, parfois centenaires, ne sont pas des clones mais une population. Cela complexifie le vin, oui, mais surtout cela sécurise le vignoble face aux aléas : diversité = résilience.
- Rendements raisonnés : variables selon âge, millésime, parcelle ; on préfère perdre dix hectos et gagner en précision.
- Vendanges manuelles : pas de négociation là-dessus ; c’est le point de départ de tout le reste.
La clé n’est pas l’orthodoxie, c’est l’équilibre. On peut être exigeant sans dogmatisme, ferme sans rigidité. Ici, on ne fétichise pas « zéro » quoi que ce soit, on cherche le point juste : minimal d’intrants, maximum de soin. Le soufre ? Un peu si nécessaire, pas du tout si inutile. Ce pragmatisme, loin d’affadir le récit, le crédibilise. Les vins sont nets, précis, stables, et vivants.
4) Le chai : la musique du temps, pas la pyrotechnie
On entre dans la cave et on comprend : c’est un lieu de temporalité. Les fermentations sont spontanées, menées par les levures indigènes de chaque parcelle. Les élevages prennent leur temps : 12 à 24 mois pour la majorité des cuvées, parfois beaucoup plus pour certains savagnins, et bien sûr très long sous voile pour le vin jaune. Les fûts ? Des pièces anciennes (228 L le plus souvent), pas de bois neuf tapageur, mais des contenants qui respirent et relaient doucement.
- Ouillés : complétés chaque semaine, ils gardent leur ciselé, leur droiture, leur lumière. C’est le cœur battant du domaine.
- Sous voile : une autre partition, plus épicée, plus profonde, signature jurassienne assumée.
- Sans collage, souvent sans filtration : laisser passer le grain, pas le trouble.
- Soufre minimal : un filet de sécurité, pas un pilotage automatique.
Le vigneron, ici, ne « fabrique » pas. Il élève. Il choisit les silences, les pauses, la respiration. Il laisse la gravité faire son œuvre, soutire rarement, bouge peu. Et quand arrive la mise, souvent au printemps à vin froid, on ne cherche pas à « nettoyer » la personnalité ; on l’habille simplement.
5) Les blancs ouillés : la grammaire Labet
S’il faut un emblème, ce sont eux : les chardonnays et savagnins ouillés. Ils ne font pas de bruit, ils font de la place. Place au sol, à la lumière, à la sève.
5.1 Cuvées d’assemblage, la porte d’entrée
- Fleurs (Chardonnay) : plusieurs parcelles sur marnes du Lias, élevées séparément puis assemblées. L’idée n’est pas de diluer ; c’est de composer. On y goûte la signature « marne bleue » : texture douce, salinité fine, agrumes mûrs, finale traçante.
- Fleur de Savagnin : même principe, autre accent. Agrumes jaunes, gentiane légère, amers toniques et nobles, tension de fil de fer. Idéal pour comprendre ce que le savagnin peut dire sans voile.
Ces deux vins sont des clés. Ils montrent la ligne : maturité propre, extraction douce, élevage respectueux. On n’est pas dans la démonstration, on est dans la clarté.
5.2 Les parcellaires, la précision au scalpel
Le domaine multiplie les micro-parcelles, parfois 15 à 80 ares, et chacune raconte un lieu. On ne boit pas « un chardonnay du Jura », on boit Les Varrons, Les Champs Rouges, En Billat, La Bardette, En Chalasse, La Reine, Le Monceau…
- Les Varrons (Chardonnay) : ancien matériel végétal, exposition est, argiles de décalcification sur failles bathoniennes/bajociennes. Attaque nette, milieu de bouche satiné, finale saline. Un petit côté « bourguignon » dans la tenue, mais avec la vivacité jurassienne.
- Les Champs Rouges (Chardonnay & Melon à Queue Rouge) : plateau incliné, fine couche d’argile rouge sur dalle calcaire. Plus solaire dans l’attaque, plus pierreux en finale ; un vin qui déroule large, puis resserre.
- En Billat (Chardonnay) : vieille vigne (1898/1940), marne en schiste carton. Ciselure et profondeur, un paradoxe délicieux : chair et nerf.
- La Bardette / Le Monceau / En Chalasse (Fleurs de Marne) : trilogie chardonnays massales sur marnes du Lias. La Bardette pour la rectitude salivante, Le Monceau pour l’ampleur gourmande protégée du vent, En Chalasse pour la vibration plus large et la sensation de pierre humide.
- En Chalasse (Savagnin) : l’une des signatures. Savagnin ouillé qui claque, large et droit, presque architectural. Amers nobles (zeste, gentiane, peau de noix fraîche), profondeur lumineuse.
Ces parcellaires ne sont pas des gadgets. Ce sont des outils de compréhension. On peut, à table, verser Les Varrons et Les Champs Rouges côte à côte, et montrer comment 200 mètres et un socle différent changent tout, à cépage égal. On peut goûter En Chalasse en chardonnay puis en savagnin, et saisir ce que fait le cépage à lieu égal. C’est passionnant, et c’est bon. Double victoire.
6) Les rouges : finesse d’abord, profondeur ensuite
Le Jura rouge, bien travaillé, a cette magie : il garde la buvabilité d’un bon copain tout en parlant sérieusement quand on l’écoute.
- Poulsard (Sur Charrière, Le Pré du Bief, En Billat) : robe claire, nez sur la grenade, la fraise des bois, la pivoine, parfois une touche anisée. Bouche aérienne mais pas maigre, tanin poudré, grand pouvoir d’enchaînement de gorgées.
- Trousseau (Le Pré du Bief, En Chalasse) : fruits noirs croquants, violette, poivre doux, longueur juteuse. Demande un peu d’air pour s’ouvrir, puis devient volubile.
- Pinot Noir (Les Varrons) : droiture, précision, un grain très fin. Un pinot « à la jurassienne » : fraîcheur, ligne, pas de confiture.
- Gamay (La Reine) : clin d’œil réjouissant, juteux, épicé, franc du collier, parfait sur charcuterie et gratins.
- Métis : assemblage en parts égales de poulsard, pinot noir, trousseau. Chaque cépage élevé séparément, assemblé juste avant mise. Le vin du consensus heureux : gourmandise, nerf, floral, un fil conducteur qui relie les rougeurs du domaine.
La constance ? La tenue. Même sur les millésimes solaires, on garde de la colonne vertébrale. Même sur les années fraîches, on conserve du fruit mûr. C’est le bénéfice d’une viticulture précise et d’extractions délicates : pas besoin de maquillage.
7) Les vins de voile : l’autre visage, la même exigence
Parce que le Jura serait incomplet sans eux, la famille Labet élève aussi des vins sous voile, chardonnays, savagnins, assemblages, jusqu’au vin jaune. Le principe : ne pas ouiller, laisser un voile de levures se former en surface dans des fûts pas complètement pleins, et laisser le temps tisser ses arômes. Noisette, noix, curry doux, épices blondes, notes balsamiques : un éventail bien connu, mais ici tenu avec finesse.
- Chardonnay sous voile : profondeur, largeur, un fondu patiné, très gastronomique.
- Cuvée de Garde (Chardonnay/Savagnin) : 20 à 30 % de savagnin selon le millésime. Superbe alliance du volume chardonnay et de la colonne vertébrale savagnin.
- Cuvée du Hasard : les plus beaux voiles de chardonnay, long élevage ; le genre de bouteille qui fait parler la table plus que le boute-en-train de service.
- Savagnin de voile : la lame claire dans la structure, un classicisme éclairé.
- Vin jaune : le temps long comme boussole (75 mois et plus en pièces anciennes). Un jaune sur la pureté plus que sur la surcharge aromatique : grande distinction.
Ici encore, le style Labet se reconnaît : jamais pesant, toujours soutenu, des équilibres nets. La cuisine jurassienne applaudit, mais pas seulement elle : fromages de caractère, curry végétal, comté bien affiné, volailles à la crème, la table s’éclaire.
8) Douceurs et bulles : la gourmandise bien tenue
Parce que la vie est trop courte pour s’interdire les plaisirs :
- Macvin : liqueur jurassienne historique (moût muté au marc). Chez Labet, les marcs sont maison, distillés sur un vieil alambic, élevés en fût, puis assemblés au jus. Résultat : un Macvin qui évite la caricature sucrée, conserve de l’élan, parfait très frais à l’apéritif ou sur un dessert au chocolat noir.
- Passerillés (Passerillé d’Ambre, La P Perdue) : des raisins séchés sur paille, à l’ancienne, pendant de longs mois. Fermentations lentes, patiences infinies, résultats fins : liqueur de fruit, notes de figue et d’abricot sec, un soupçon de rancio pour Ambre (non ouillé), davantage de fraîcheur pour La P Perdue (ouillée).
- Crémants (blanc et rosé) : méthode traditionnelle, prise de mousse en bouteille, élevage sur lattes. Dosages bas (extra-brut ou brut nature), base de chardonnay pour le blanc, pinot noir majoritaire pour le rosé. Des bulles qui ne saturent pas ; elles réveillent.
9) Vintages & lectures du millésime (approche pédagogique)
Chaque vendange est un livre ; certaines pages sont plus lumineuses, d’autres plus sobres. L’important est de savoir comment lire. Chez Labet, la structure est toujours nette ; la variation se joue sur l’ampleur et l’aromatique.
- Années fraîches : tension accrue, acidité ciselée, fruits clairs (agrumes, pomme verte), salinité marquée. Les chardonnays paraissent plus droits, les savagnins plus verticaux, les rouges plus toniques.
- Années solaires : maturité généreuse, fruits jaunes, parfois un gras naturel plus sensible ; mais l’élevage et la viticulture gardent l’axe. Les rouges gagnent en chair sans perdre la buvabilité.
Ce qu’il faut retenir : ne jamais juger un millésime isolément, et goûter parcellaire par parcellaire. Sur une année chaude, Les Champs Rouges pourront sembler plus nobles encore ; sur une année fraîche, Les Varrons révéleront un supplément de dentelle. C’est tout l’intérêt d’un domaine aux multiples lieux-dits : on peut composer son accord millésime/humeur.
10) Service, accords & garde : le mode d’emploi qui fait mouche
Températures
- Blancs ouillés : 10–12 °C à l’ouverture, laissez monter doucement.
- Blancs sous voile & vin jaune : 13–15 °C, pas frigorifié !
- Rouges : 14–16 °C, légers rafraîchissements l’été.
- Bulles : 8–10 °C, sans geler la bande-son aromatique.
- Douceurs : 10–12 °C, pour éviter la lourdeur.
Aération
- Parcellaires blancs : un carafage délicat peut faire du bien (20–30 min).
- Rouges : n’hésitez pas à carafer les trousseaux et pinots jeunes (30–45 min).
- Voile & jaune : petit carafage prudent, ou simplement des verres larges.
Accords
- Fleurs (Chardonnay) : truite meunière, quenelles de brochet, tomme douce, risotto au citron.
- Fleur de Savagnin : sushis, ceviche, asperges, cuisine thaïe douce, vieux comté (accord signature).
- Les Varrons (Chardonnay) : volaille rôtie, morilles à la crème, gnocchi au beurre noisette et sauge.
- Les Champs Rouges : queue de lotte rôtie, Saint-Jacques snackées, tajine citron/olives.
- En Chalasse (Savagnin ouillé) : curry de légumes jaunes, fromages affinés, poularde au vin jaune (oui, même sans voile : l’accord fonctionne par résonance d’arômes).
- Poulsard : charcuteries fines, pizza margherita, légumes rôtis, fondue de tomates.
- Trousseau : côte de veau grillée, tajine d’agneau, potimarron rôti.
- Pinot Noir : magret rosé, tataki de bœuf, champignons sautés.
- Cuvée de Garde / voiles : comté 24–36 mois, curry de chou-fleur, homard à la vanille, morilles en crème.
- Vin jaune : la légende : comté, mais tentez aussi le poulet à l’estragon, les huîtres chaudes, le turbot au beurre monté.
- Macvin : tarte au chocolat amer, roquefort, melon et jambon cru (en apéro).
- Passerillés : bleu persillé, tarte Tatin, cake aux fruits confits.
- Crémant : gougères, produits de la mer, tempura de légumes.
Garde
- Blancs ouillés parcellaires : 8–12 ans sans forcer, plus pour les grandes marnes.
- Savagnin ouillé : 10–15 ans avec une superbe évolution.
- Rouges : 5–8 ans pour le plaisir immédiat, 10 sur les trousseaux sérieux.
- Voile & jaune : 20 ans et plus, évidemment.
- Douceurs : décennie joyeuse, plus si affinités.
- Macvin : intemporel en cave fraîche.
- Crémant : 2–4 ans pour garder la vivacité, même si certains gagnent en complexité.
11) Pourquoi les Labet fascinent (et rassurent)
Parce que tout semble à sa place. L’esthétique est claire, mais c’est l’éthique qui la soutient. On ne court pas après la mode, on creuse un sillon. Le domaine fait ce que le Jura fait de mieux : tenir ensemble les contraires. Des vins à la fois lumineux et profonds, gourmands et sérieux, immédiats et capables de garde. Un style qui, dans le monde d’aujourd’hui, apaise : pas de grandiloquence, pas de brillance artificielle, pas d’arômes plaqués. Du fruit, du lieu, du temps.
Ajoutez à cela l’intelligence du parcellaire. Rien n’est plus concret que de laisser un lieu parler. C’est pédagogique (on apprend en buvant), c’est émotionnel (on s’attache à un lieu-dit comme à un personnage), et c’est collectivement utile : cela valorise la diversité agricole, encourage la préservation des vieilles vignes, et invite le public à regarder la viticulture autrement que comme une usine à cépage.
12) Parcellaires en focus, mini-portraits de lieux
- La Bardette (Chardonnay – Fleur de Marne) : pente douce, ouest, argile bleue fine sur calcaire. Droiture et salinité. Le vin « diapason ».
- Le Monceau (Chardonnay – Fleur de Marne) : petite cuvette chaude, abritée. Ampleur, texture, un fruit jaune appétissant, finale tonique.
- En Chalasse (Chardonnay et Savagnin) : marne bleue profonde, géodes, exposition sud-ouest (chardonnay) ou sud (savagnin). Le mot-clé : vibration.
- Les Varrons (Chardonnay & Pinot Noir) : coteau est, argiles ocre/rouge, faille. La classe sobre ; des vins « bien mis ».
- Les Champs Rouges (Chardonnay & Melon à Queue Rouge) : plateau aérien, argile rouge sur dalle. Le chardonnay qui prend son envol, sans perdre son cap.
- En Billat (Chardonnay, Poulsard) : schiste, altitude plus haute. Le trait fin, le grain serré.
- La Reine (Chardonnay, Gamay) : exposition nord-ouest, argiles rouges et silice : fraîcheur intrinsèque, jutosité.
Ces lieux sont des personnages ; on les reconnaît à la voix. Et plus on goûte, plus on sait les entendre.
13) Transparence & étiquettes : la pédagogie fait du bien
La maison Labet aime expliquer. Sur les contre-étiquettes, on trouve souvent des données techniques (parcelle, sols, plantation, élevage, soufre total, etc.). Ce n’est pas un fétichisme de chiffres, c’est une manière d’inviter le buveur à lire son vin. À l’heure où la communication se cache derrière des adjectifs creux, cette transparence fait l’effet d’une fenêtre ouverte.
14) Visiter, déguster, comprendre
Le domaine reçoit sur rendez-vous. Ce n’est pas du snobisme, c’est du réalisme : quand on est vigneron, on est souvent dehors ou au chai. Les samedis sont souvent privilégiés pour regrouper les dégustations, parce qu’une dégustation digne de ce nom prend du temps (comptez deux heures si l’on fait bien les choses). Et franchement, vous aurez envie de poser des questions.
Conseil pratique : venez curieux, pas pressé. Goûtez large, prenez des notes. Si vous pouvez, comparez deux parcellaires de chardonnay (par exemple Les Varrons vs Les Champs Rouges), puis un savagnin ouillé, puis un voile. On sort de là avec une boussole.
Les domaines naturels à proximité
- Le parcellaire comme pédagogie : « On goûte un lieu, pas seulement un cépage. » C’est concret et ça rend le client acteur.
- Ouillé vs sous voile : faites comparer les deux styles sur un même cépage (chardonnay). Effet « aha » garanti.
- Vieilles vignes & sélection massale : parlez diversité, pas de nostalgie. Expliquez la résilience agronomique et la complexité aromatique.
- Gastronomie : préparez deux accords malins (Savagnin ouillé + cuisine asiatique douce ; chardonnay parcellaire + morilles). Vos clients reviendront pour refaire l’accord à la maison.
- Éthique lisible : bio, peu d’intrants, vendanges manuelles, élevages longs. Expliquez que la netteté en bouche vient de là.
16) Petite FAQ sans jargon
- C’est quoi un vin “ouillé” ? Un vin élevé en fût complété régulièrement pour éviter l’oxydation et la formation d’un voile de levures. Résultat : pureté fruit/sol, tension, précision.
- Et un vin “sous voile” ? On n’ouille pas. Un voile de levures s’installe en surface et protège le vin tout en lui donnant des notes de noix, curry, épices, comté. C’est l’autre visage du Jura.
- Pourquoi autant de cuvées ? Parce que chaque parcelle parle. Le parcellaire, c’est une géographie à boire. Si ça vous intimide, commencez par Fleurs (chardo) puis Fleur de Savagnin ; ensuite, plongez dans les lieux-dits.
- Je peux garder les blancs ? Oui. Les grands parcellaires ouillés tiennent large (8–12 ans et plus), les savagnins encore davantage. Gardez-les au frais, à l’abri de la lumière.
- Et les rouges, c’est léger ? Le Jura n’est pas la caricature du « vin claironne » : ici, c’est de la finesse structurée. Tanins poudrés, allonge fraîche. Magnifique à table.
17) Pour les geeks (et les amateurs curieux)
- Levures indigènes : un levain de lieu plus qu’un standard industriel ; variation fine d’une parcelle à l’autre.
- Soufre total : faible, parfois nul à la mise selon cuvée et millésime ; l’objectif n’est pas le « zéro à tout prix », c’est la justesse.
- Filtration : rarement. Ce que vous voyez est ce que vous buvez.
- Bois : toujours anciens ; le chêne est un contenant, pas un goût.
18) Pourquoi le style Labet séduit les amateurs de vins “vivants”
Parce que ce sont des vins joyeux qui ne renoncent pas à la rigueur. Le vivant n’est pas une excuse ici ; c’est une exigence. Les bouteilles sont franches, digestes, traçantes, et pourtant d’une complexité qu’on découvre par strates. On peut boire un verre sans réfléchir, ou réfléchir deux heures sur un verre. Le plaisir ne sacrifie pas la pensée ; la pensée n’assèche pas le plaisir. On signe où ?
19) Trois parcours de dégustation à la maison (5 bouteilles, 5 thèmes)
Parcours “Déclic”
- Crémant blanc (extra-brut)
- Fleurs (Chardonnay)
- Fleur de Savagnin
- Poulsard (Le Pré du Bief)
- Trousseau (En Chalasse)
Promesse : comprendre la ligne maison en 90 minutes chrono.
Parcours “Marnes en lumière”
- Fleurs (Chardonnay)
- Les Varrons (Chardonnay)
- Les Champs Rouges (Chardonnay)
- En Billat (Chardonnay)
- En Chalasse (Savagnin ouillé)
Promesse : sentir le passage du sol à la bouche, à cépage égal.
Parcours “Deux visages du Jura”
- Les Varrons (Chardonnay, ouillé)
- Chardonnay sous voile
- Cuvée de Garde (Chardo/Savagnin)
- Vin jaune
- Macvin
20) Un mot sur la rareté : patience, respect, partage
Oui, certaines cuvées sont difficiles à trouver. Non, ce n’est pas une stratégie marketing ; c’est la conséquence logique d’un domaine à taille humaine, de vieilles vignes en parcelles minuscules et d’un travail long en cave. Moralité : on achète raisonnablement, on boit, on partage, on évite de spéculer. Le vin est meilleur à table qu’en feuille Excel.
21) Ce que le Domaine Labet dit du Jura d’aujourd’hui
Qu’il n’est ni musée ni start-up nation de la hype. Le Jura d’aujourd’hui, vu depuis Rotalier, c’est un territoire patient qui a pris son temps pour élaborer une grammaire singulière et lisible. Les Labet prouvent qu’on peut concilier tradition (sélection massale, voiles, parcellaire) et modernité (ouillage précis, lecture géologique, transparence). Ils prouvent que l’exigence n’est pas sèche, qu’elle peut être joyeuse. Et ils prouvent qu’un domaine familial peut rayonner loin sans se renier.
22) Guide express des cuvées (mémo malin)
- Fleurs (Chardonnay) : clef d’entrée, marne bleue, citron confit, pierre mouillée, finale saline.
- Fleur de Savagnin : agrumes jaunes, gentiane, amers classes, tension nette.
- Les Varrons (Chardo/Pinot) : droiture et élégance, argiles de décalcification ; en blanc, superbe tenue « bourguignonne à la jurassienne ».
- Les Champs Rouges (Chardo) : plateau rouge, ampleur et pierre.
- En Billat (Chardo/Poulsard) : trait fin, grain serré, altitude.
- La Bardette / Le Monceau / En Chalasse (Fleurs de Marne) : trois visages d’une même famille de marnes ; salinité, largeur, vibration.
- La Reine (Chardo/Gamay) : fraîcheur nord-ouest, jutosité, insouciance maîtrisée.
- Savagnin En Chalasse (ouillé) : coupe claire dans la chair, amers nobles, très grande table.
- Métis (P+Pn+T) : l’assemblage qui sourit, sans mièvreté.
- Sous voile / Cuvée de Garde / Hasard / Jaune : épices blondes, noix, profondeur, le Jura qui raconte des histoires au coin du feu.
- Macvin / Passerillés / Crémant : la trilogie des plaisirs déliés.
23) Itinéraire gourmand autour de Rotalier (parce qu’on ne boit jamais seul)
- Fromages : comté (différents affinages pour jouer les accords), morbier, bleu de Gex.
- Charcuteries & fumés : saucisse de Morteau, palette fumée ; poulsard et trousseau disent merci.
- Morilles & champignons : en saison, c’est l’amour fou avec Les Varrons.
- Poissons de rivière : omble chevalier, truite ; chardonnays ouillés = évidence.
- Curry doux & cuisine asiatique : savagnin ouillé en ambassadeur surprenant (mais diablement efficace).
Ce territoire est un écosystème : ce que la cuisine locale aime, le vin le soutient ; ce que la cave propose, la table l’embrasse. On ne s’en lasse pas.
24) En résumé (mais sans réduire)
Le Domaine Labet, c’est :
- Une famille qui travaille ensemble, avec constance.
- Un village, Rotalier, et un Sud-Revermont qui se laissent lire bouteille après bouteille.
- Une viticulture bio, patiente, sans posture.
- Un parcellaire foisonnant qui fait sens, pas semblant.
- Des blancs ouillés de haut vol, clairs comme de l’eau de roche mais profonds comme un puits.
- Des rouges fins, juteux, précis, jamais maigres.
- Des voiles tenus, élégants, gastronomiques, plus « conversation » que « démonstration ».
- Des douceurs et des bulles qui élargissent la palette sans la brouiller.
- Une transparence pédagogique, rassurante, essentielle.
- Un style joyeux et exigeant, exactement ce dont on a besoin.
25) Et maintenant, on ouvre quoi ?
Si c’est la première fois : Fleurs (Chardonnay) et Poulsard Le Pré du Bief. Vous aurez la lumière et la danse.
Si vous connaissez déjà : Les Champs Rouges et En Chalasse (Savagnin ouillé), le duo qui fait lever de table pour aller chercher une deuxième bouteille.
Si c’est grand soir : Cuvée de Garde suivie d’un Vin Jaune sur vieux comté. Le Jura dans sa version grand-angle.
Quoi que vous choisissiez, une promesse : rien ne crie, tout parle. Et dans ce monde saturé de bruit, c’est sans doute la plus belle des raretés.
Mot de la fin
Le Domaine Labet n’a pas besoin de superlatifs ; il a besoin d’oreilles, d’yeux, de papilles. C’est un domaine d’écoute. Écoute du sol, des plantes, des millésimes ; écoute du temps ; écoute du verre. En retour, il nous offre des vins qui n’assènent rien, qui éclairent. Des vins positifs et joyeux, oui !, mais jamais « béats » : ils sont joyeux parce qu’ils sont justes.
Si vous aimez les vins qui vous apprennent quelque chose sans vous faire la leçon, qui vous donnent envie d’inviter des gens plutôt que de vous enfermer, alors Rotalier vous attend. Prenez rendez-vous, marchez entre les rangs, tendez l’oreille. Vous verrez : la vigne parle, le vin traduit, et la famille Labet, elle, sourit.
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