Mars 31, 2026 - 1 commentaires
La Stoppa : faire du terroir une force, pas une contrainte
Il y a des domaines qui s'excusent de leur sol. La Stoppa, elle, en a fait son identité. Dans les collines de l'Émilie-Romagne, en Italie, à cheval entre le Piacentin et l'Apennin, Elena Pantaleoni dirige depuis le milieu des années 1990 ce domaine de 58 hectares, 30 de vignes et 28 de bois, avec une conviction rare : le terroir ne se dompte pas, il se comprend, et on s'y adapte.
Un sol qui dicte ses lois
L'argile rouge de La Stoppa est riche en fer, pauvre en azote. Ce n'est pas un sol facile. Les fermentations ne se terminent pas toujours à l'automne et reprennent parfois au printemps suivant, portées par les levures indigènes que personne ici n'a jamais songé à remplacer. Pour beaucoup de vignerons naturels, ce serait un problème. Pour Elena Pantaleoni, c'est devenu l'une des signatures de la cave.
« Une bonne acidité volatile est une très bonne amie pour nous », dit-elle. Et cette phrase dit tout : là où d'autres voient un défaut à corriger, elle voit une caractéristique à apprivoiser.

Minimalisme en cave, patience en bouteille
Le travail commence dans les vignes, conduites en agriculture biologique certifiée, sans engrais ni désherbage. Tout se fait à la main, taille, palissage, vendange, pour préserver ce que le raisin a de meilleur. Les vieilles vignes, aux rendements naturellement faibles, donnent les cuvées de longue garde. Les vignes plus jeunes donnent des vins fruités, à boire plus tôt.
En cave, l'approche est à l'avenant : cuves acier et béton, macérations longues, vieillissement en fûts de chêne, long affinage en bouteille. Pas d'ajout de soufre, pas de levures sélectionnées, pas de raccourci. Le temps fait le travail et ici, on lui fait confiance. Elena commercialise ses vins quand ils sont prêts, pas avant. « Je ne veux pas que les gens me disent de voir comment ce vin sera dans cinq ans. Je veux le boire maintenant. »
Les cépages sont ceux du territoire : Barbera et Bonarda pour les rouges, Malvasia di Candia Aromatica, Ortrugo et Trebbiano pour les blancs. Des noms que l'on croise rarement sur les grandes tables, mais qui portent en eux toute la mémoire d'un lieu. Et ce choix n'est pas le fruit du hasard. Il y a trente ans, Elena faisait encore du Sauvignon Blanc. Un client lui a dit que c'était bon, mais qu'il achetait un Sancerre au même prix. Elle a tiré la leçon : inutile de faire des copies de ce qui existe déjà ailleurs. Mieux vaut valoriser ses propres cépages et donner une identité à sa région.

L'artisanat comme philosophie
Ce que défend Elena Pantaleoni, c'est une idée simple et profonde : chaque endroit produit des vins différents, et c'est précisément cela qui est beau. Pas d'uniformisation, pas de recette universelle. Juste l'écoute d'un sol, d'un climat, d'une plante.
La Stoppa existe depuis la seconde moitié du XIXe siècle. La famille Pantaleoni la dirige depuis 1973. Et depuis qu'Elena en a pris les rênes, le domaine n'a cessé de se recentrer sur l'essentiel : faire du vin de terroir.
Dans un monde viticole qui cherche souvent à gommer les aspérités, La Stoppa les cultive. Et c'est exactement pour ça qu'on y revient.
